Annexe n°1
Intervention
de M.
Eugène
ROUSSE, lors de la Journée d'Histoire Vivante, organisée par le collège de
Saint-Paul, le 26 avril 1991
Monsieur Eugène Rousse est né à Saint-Denis, le 5 mars 1928. Jeune étudiant
en 1940, il a vécu toute la période de la guerre à la Réunion.
Ensuite, c’est en tant qu’instituteur, syndicaliste actif, membre de
la Ligue des Droits de l’Homme qu’il a traversé les difficiles années 60,
toujours présent dans son île. Aujourd’hui retraité, il partage son temps
entre des responsabilités municipales au Port, des recherches historiques et la
publication d’articles d’histoire réunionnaise contemporaine dans divers
journaux locaux.
Nous avons proposé à Monsieur Rousse de nous faire part de son expérience
et des recherches dans les trois domaines suivants : démographie et état
sanitaire, système éducatif et mise en place du régime de Vichy à la Réunion.
Voici
ce que nous a dit Eugène Rousse :
Population - État Sanitaire
Au début de la guerre, la population de la Réunion est estimée à 220
000 habitants dont 31 000 à Saint-Denis et 23 000 à Saint-Paul. La caractéristique essentielle de cette population est
sa très lente augmentation : elle se chiffrait à 193 000 habitants en 1872,
l'accroissement en 68 ans n'est que de 28 000 habitants. Une explication à cela
: le très mauvais état sanitaire de la population réunionnaise, littéralement
décimée par le paludisme (maladie comme vous le savez, provoquée par une piqûre
de moustique appelé anophèle), les parasitoses dont on peut aisément évaluer
les ravages à l'époque coloniale lorsque l'on sait que le professeur Larivière
en mission dans l'île en 1960 indiquait pour cette année-là un taux de 95% de
parasités chez les jeunes scolarisés.
Il faut ajouter à ces deux fléaux la malnutrition, l'insalubrité des
logements et aussi la faiblesse de la densité médicale. Il est bon de savoir
que le taux de mortalité infantile, c'est à dire le nombre de décès
d'enfants de moins d'un an pour mille naissances vivantes ajouté au taux de
mortinatalité , c'est à dire le nombre de mort-nés pour mille naissances
vivantes qui était estimé à 268 pour mille au début de ce siècle, s'élevait
à 240 pour mille au 4ème trimestre 1940 . Ce taux fait un bond au 1er
trimestre 1941 : 388 et atteint 410 pour mille au 4ème trimestre 1941. La
surmortalité s'accentue au 1er trimestre 1942 : pour 2032 naissances, on
enregistrait alors 1436 morts chez les moins de 10 ans.
La fin de la guerre ne signifie pas pour autant la fin de l'hécatombe.
Le taux de mortalité infantile et de mortinatalité atteindra encore 235 pour
mille en 1946 pour chuter enfin à 18,7 pour mille en 1988 ; ce dernier taux étant
comparable à celui des pays d'Europe à la même époque. A titre de
comparaison le taux de mortalité infantile qui était de 66 pour mille en 1937
en France, est passé à 110 pour mille en 1941.
Faute de statistiques, il n'est pas possible de donner des précisions
quant à la densité médicale dans la colonie pendant la dernière guerre. Mais
on peut s'en faire une idée assez exacte lorsque l'on sait que l'île ne
comptait que 24 médecins en 1937 et 30 en 1948 contre 933 en 1990. D'autre part
en 1948 on ne dénombrait à la Réunion que 17 pharmaciens, 9 dentistes, 17
infirmiers.
Le système éducatif
En 1940 l'enseignement préscolaire et l'enseignement technique sont
pratiquement inexistants à la Réunion. En ce qui concerne l'enseignement
technique, il se réduit à une minuscule École Manuelle d'Apprentissage,
fonctionnant dans l'enceinte de l'Ecole Centrale de Saint-Denis. L'enseignement
secondaire est un peu plus favorisé, il est dispensé depuis 1818 au collège
Royal de Bourbon, devenu Lycée Leconte de Lisle en 1897 ainsi qu'au Cours
secondaire féminin Juliette Dodu qui deviendra quelques années seulement après
son ouverture un Lycée de Jeunes Filles en septembre 1942. Ces deux établissements
accueillent au total moins de mille élèves et une trentaine de professeurs. On
y prépare comme dans toutes les colonies françaises, le brevet de capacité
coloniale, l'équivalent du baccalauréat actuel.
Pour se faire une idée de la grande misère du système éducatif de l'île
à cette époque, il suffit d'indiquer les résultats enregistrés au Brevet de
Capacité Coloniale en 1941 et 1942 :
- en 1941 :
- 1ère partie reçus
série A 7
série B 10 - total 17
- 2ème partie reçus
série philo 18
série mathélém 7 - total 25
4 lauréats de la classe philosophie obtiennent la mention bien, 3
d’entre eux sont très connus des réunionnais : il s'agit de
Raymond
Barre, de Jacques et Paul
Vergès,
1 lauréat de la classe de mathématique se voit décerner la mention
bien , lui aussi est bien connu de ses compatriotes, il s’agit de
Bruny
Payet.
En 1942, les résultats au brevet de
capacité coloniale sont les suivants :
1ère partie reçus
série A 11
série B 8 - total 19
2ème partie reçus
série philo 13
série mathélém 5 - total 18
En mathématiques, parmi les lauréats, on retrouve Jacques et Paul Vergès
qui obtiennent respectivement les mentions Bien et Assez Bien
Comme vous le voyez, il y a 50 ans, une vingtaine de réunionnais
seulement obtenaient leur passeport pour des études supérieures, contre 2494
en 1989. Alors que la population de l'île a été multipliée par 2,7 au cours
de ce dernier demi-siècle, le nombre de bacheliers a été multiplié par 125.
Lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, l'enseignement supérieur qui
ne s'adresse qu'à une poignée d'étudiants, n’est dispensé qu'à l'école
de droit qui fonctionne dans un local du tribunal de Saint-Denis depuis 1930 et
qui se transformera en institut d'études juridiques, économiques et politiques
en 1950, quant à l'enseignement primaire élémentaire, les statistiques de
1946 qui n'ont sans doute pas beaucoup varié par rapport à 1940, nous donnent
une idée des conditions dans lesquelles il était dispensé :
Pour 34 672 élèves, la colonie ne dispose que de 554 instituteurs, ce
qui donne une moyenne de 63 élèves par classe. En fait, de nombreuses classes
ont des effectifs supérieurs à 100 élèves.
Pour former des instituteurs, un cours normal mixte fonctionne à
Saint-Denis depuis 1897, mais les promotions d'instituteurs sont squelettiques.
Elles sont, en 1940, de 5 élèves-maîtres et 3 élèves-maîtresses qui
reçoivent une bourse annuelle de 5040 francs. Outre ce contingent de boursiers,
on procède au recrutement de 22 auditeurs et auditrices libres, mais ces
derniers n'ont pas la garantie de l'emploi, l'obtention du certificat d'aptitude
pédagogique relevant à cette époque de l'exploit : aucun reçu par exemple à
la session de mars 1941 et un seul reçu à la session du 28 février 1942.
Il n'est pas inintéressant de compléter ce sombre tableau, en disant
que lorsque le maréchal
Pétain
devient chef de l'état français, très rares sont les communes de la Réunion
qui sont alimentées en électricité et en eau potable ; le réseau routier est
dans un état lamentable, il n'est bitumé grossièrement que sur une vingtaine
de kilomètres, le nombre de possesseurs de postes de radio s'élève à 767,
les abonnés au téléphone sont moins de mille et les deux quotidiens de la Réunion,
"le Peuple" et "le Progrès", ont un tirage inférieur à
3000 exemplaires.
Le régime de Vichy à la Réunion
Pendant les 29 mois que dure le régime de Vichy, la lointaine colonie de
la Réunion, qui se situe presque toujours hors du champ d'application des lois
sociales favorables au monde du travail, subira les effets néfastes des lois et
décrets du gouvernement de Vichy. D'innombrables textes y sont appliqués avec
zèle par le gouverneur Aubert, qui a pris bien soin d'éliminer ceux de ses
collaborateurs qu'il estime peu coopératifs et qui fait entièrement confiance
pour l'exécution des basses oeuvres à
Jean-Jacques
Pillet, chef de cabinet des gouverneurs successifs depuis le 15 décembre 1938.
Une semaine après son installation à Vichy, le maréchal Pétain fait
voter une loi dite "d'épuration de l'administration" aux termes de
laquelle toute personne née de père étranger, ne peut accéder aux emplois
publics et peut être relevé de ses fonctions.
Cette loi du 17 juillet 1940, fait dans l'île, 9 victimes -toutes de
nationalité française -, chez les fonctionnaires de l'état. Parmi ces
victimes, on relève les noms de
Théo
Zampierro, ingénieur des Ponts et Chaussées et de
Michel
Orrico, répétiteur au lycée Leconte de Lisle, qui doivent
cesser leur service le 15 décembre 1940. Cette loi barre la route de
l'enseignement à trois Réunionnais de nationalité française mais d'origine
chinoise.
La loi du 13 août 1940, porte interdiction des associations secrètes.
Cette loi qui vise essentiellement la franc-maçonnerie, autorise le gouverneur
Aubert
à signer le 29 août 1940 un arrêté aux termes duquel les locaux de la loge
maçonnique l'Amitié, situés au n° 153 rue du Barachois, aujourd'hui rue Jean
Chatel, sont vendus au profit du bureau de bienfaisance de la mairie de
Saint-Denis.
C'est en application de cette loi du 13 août 1940, que le gouverneur
Pierre Aubert, signe le 6 février 1942, un premier arrêté visant les
instituteurs
Simon
Lucas,
André
Hoarau,
Alexandre
Dupuis, puis un second arrêté daté du 8 juillet 1942, visant cette fois le
directeur d'école
Henri
Lebon, tous mis à la retraite d'office avec une très maigre pension.
Cette même loi permet également au gouverneur Aubert de déclarer démissionnaire
d'office de ses fonctions de maire de Salazie, le docteur
Raymond
Vergès, à compter du 23 avril 1942.
Il est bon d'indiquer que dans son rapport au ministre des colonies en
date du 20 octobre 1941, le gouverneur Aubert s'érige en procureur en écrivant,
je cite : "Je vous ai signalé par télégramme du 21 septembre 1941 les
anciens dignitaires de la franc-maçonnerie dont l'identité a été établie grâce
aux archives de l'ancienne loge locale l'Amitié" fin de citation
Dans ce même rapport, le gouverneur ajoute "une surveillance
constante et très attentive est exercée sur les zélateurs de la politique du
Front Populaire".
S'agissant de la franc-maçonnerie, la publication de la liste nominative
de tous les dignitaires de cette société est ordonnée par Vichy au journal
officiel de l'état français et au bulletin officiel de la Réunion.
Une autre loi, celle du 3 septembre 1940, tout aussi dangereuse, permet
au chef de la colonie, d'arrêter toute personne réputée dangereuse pour la sécurité
publique.
C'est probablement en application de cette loi, que le premier adjoint au
maire de Saint-Benoît,
René
Gangnant, est condamné en 1941 à quatre mois d'emprisonnement ; les propos de
Monsieur Gangnant à l'égard des anciens combattants étant jugés
"contraires à l'esprit nouveau réclamé par le maréchal pour le succès
de la Révolution nationale".
Le 27 octobre 1940, c'est au tour des conseils généraux des colonies d'être
frappés. Ils sont suspendus, et les pouvoirs qui leur sont dévolus sont exercés
par les gouverneurs. Cette loi, complétée par celle du 8 décembre 1940, déclarant
démissionnaires d'office les conseillers généraux et municipaux, gêne
d'autant moins le gouverneur Aubert, que celui-ci confie dans son rapport du 20
octobre 1941 au ministre des colonies ce qui suit :
"Les élections locales n'ont jamais envoyé siéger au sein du
conseil général une représentation réelle des différents éléments de la
population... Il est permis de dire que ces conseillers généraux ne représentent
qu'eux-mêmes".
Il semble que le gouverneur Aubert ait plus de considération pour les
maires de la colonie, puisque lorsqu'il nomme les 23 maires de l'île, ainsi que
leurs adjoints, en application de la loi du 20 janvier 1941, il laisse à leur
poste 18 maires sur 23, procède à la mutation dans d'autres communes des
maires de Saint-Denis et du Port. En définitive, n'accèdent au fauteuil de
maire, que 3 hommes véritablement nouveaux ; parmi eux, le maire de
Saint-Denis,
Armand
Barrau.
Quatre mois après son installation, le régime de Vichy entreprend de
briser les syndicats. La loi du 9 novembre 1940 interdit les centrales
syndicales, tant patronales qu'ouvrières. La charte du travail du 4 octobre
1941, élaborée par le gouvernement, prévoit leur remplacement par des
syndicats bidons qui n'ont pas le droit de grève et dont la composition et le
mode de désignation du conseil d'administration sont fixés par décret. Ces
pseudo syndicats ne sont pas constitués à la Réunion.
Le caractère policier du régime de Vichy se renforce avec la mise en
place, le 10 juillet 1941 à Saint-Denis, d'une juridiction spéciale, la cour
criminelle. Cette cour est chargée de juger les délits économiques ;
essentiellement les commerçants coupables de fausses déclarations de stocks ou
de pratiques de marché noir. Ce qui est plus étrange, c'est que cette cour est
aussi chargée de juger les coupables de délits d'opinion. C'est ainsi que le
futur député-maire du Port,
Léon
de Lépervanche est traduit devant la cour criminelle, en novembre 1941, pour
les seuls motifs qu'il reste fidèle à ses convictions politiques et qu'il
aurait manifesté le désir de s'enfuir à Maurice, comme l'avait fait
Maurice
Samat, le 28 octobre 1940. Léon de Lépervanche, dont on peut affirmer sans
risque d'erreur qu'il n'a jamais eu l'intention de quitter la ville du Port,
dont il est conseiller municipal et conseiller général depuis 1937, se voit
infliger 3 mois de prison. Aucune possibilité d'appel n'est évidemment offerte
à ceux qui sont jugés par la cour criminelle.
On peut d'ailleurs se demander s'il est encore possible de parler de
justice sous le régime de Vichy, lorsque l'on sait que dans son rapport du 20
octobre 1941, le gouverneur tient à rassurer le gouvernement du maréchal en
lui annonçant ce qui suit : "j'ai renouvelé au chef de service
judiciaire, les directives que je lui avais précédemment données sur la nécessité
de rendre effective la collaboration de la cour d'appel et celles des tribunaux
à l'œuvre gouvernementale".
Ce qui n'empêche pas le chef de la colonie d'affirmer le 1er février
1941 : "il n'est pas question d'exercer une quelconque vengeance contre
ceux dont l'attitude passée s'accorde mal avec les directives du maréchal"
et de jurer qu'il n'entend "abolir aucune liberté légitime".
Le moins que l'on puisse dire est qu'il y a dissonance entre les déclarations
du gouverneur et ses actes.
Dès le 29 novembre 1940,
Pierre
Aubert signe en effet un arrêté interdisant la réception sur la voie publique
ou dans les lieux ouverts au public des émissions radiophoniques des postes
britanniques. Le non respect de cet arrêté entraîne une condamnation allant
de 6 jours à 6 mois de prison. Un autre arrêté, datant du 11 novembre 1941,
étend l'interdiction aux lieux privés. Cette interdiction fournit à
Jean-Jacques
Pillet, l'occasion de condamner le gouvernement anglais, "qui donne asile
à d'anciens officiers français, traîtres à leur patrie, et à des juifs, traîtres
à tout le monde". Le 13 novembre 1941, le chef de cabinet du gouverneur,
-qui intervient régulièrement chaque semaine, à la radio locale-, a des mots
particulièrement durs à l'égard du général de Gaulle, considéré par lui
comme "un ex-français, mercenaire politicien, ex-officier traître à sa
patrie, agent à la solde de l'étranger". L'arrêté du gouverneur, en
date du 10 novembre 1942, va plus loin : "la réception et l'audition de
tous les postes britanniques, de tous les postes de l'URSS et des USA, de tous
les postes de la France libre et de la France combattante, sont
interdites". Toute infraction à cet arrêté entraîne une peine
d'emprisonnement allant de 6 jours à 2 ans.
Pendant le même temps, la presse est bâillonnée. L'arrêté du 22
septembre 1941, institue un contrôle préventif de la presse locale, c'est à
dire, la censure. Désormais, aucun journal ne peut paraître si son contenu n'a
été préalablement soumis au visa du censeur qui n'est autre que
Jean-Jacques
Pillet, bras droit du gouverneur. Le chef de cabinet pamphlétaire dénonce dans
ses chroniques, tant à Radio Saint-Denis que dans l'hebdomadaire Chantecler,
ceux qui ne se sont pas mués assez rapidement à son gré en laudateurs du régime,
indiquant clairement ainsi ce qu'il attend de la presse locale. Ainsi, le 27
juillet 1941, il vitupère les opportunistes :"le temps est passé des
habiletés hypocrites, des prudentes attitudes...l'heure dicte ses choix aux
derniers tenants de l'hésitation calculée. Il est en tous les cas un simple
devoir d'honnêteté qui s'impose à ceux qui reçoivent un traitement,
jouissent d'une prébende ou possèdent un bénéfice : se soumettre ou se démettre".
Jean-Jacques Pillet cligne probablement de l'œil en direction de la
presse lorsque le 8 novembre 1941, sur les antennes de Radio Saint-Denis, il
exprime le sentiment que lui inspirent le physique du maréchal
Pétain
et celui du général de Gaulle : "on se sent autrement fier d'être Français
quand on voit la magnifique et haute silhouette du maréchal Philippe Pétain
que lorsqu'on retrouve le profil potironesque d'un ministre du feu régime".
D'autres mesures dictées par la méfiance et aussi par la volonté de répression
sont prises. Elles ne visent pas seulement les "anti-nationalistes",
les "anglophiles" et autres “agents de l'étranger". Ainsi, à
partir de la mi-février 1942, ne sont admis sur les quais du Port que les
ouvriers dockers munis d'une carte d'identité professionnelle signée du
commissaire de police. Autre décision : à partir de juillet 1942, toute
reproduction des traits du chef de l'Etat, faite sans autorisation préalable de
la censure, est punie d'une peine pouvant aller jusqu'à un an de prison.
D'autre part, la loi du 14 septembre 1941 portant statut général des
fonctionnaires inquiète légitimement des milliers de Réunionnais. Cette loi
stipule que " le chef, après s'être éclairé décide. Il décide seul,
en toute liberté. Ainsi en est-il en particulier en matière disciplinaire. Le
chef n'est pas lié par l'avis du conseil de discipline."
C'est sans doute en application de cette loi que le directeur de l'école
de Bras-Panon,
Antoine
Narassiguin est révoqué. Officiellement, il lui est reproché de "négliger
d'assister à des cérémonies officielles de caractère patriotique". Mais
Antoine Narassiguin, qui est de confession hindoue, estime qu'il n'a pas à se
rendre à l'église pour assister à de telles cérémonies.
C'est sans doute en application de cette loi également que l'instituteur
de 1ère classe
Tristan
Annette est rétrogradé à la deuxième classe et invité le 20 janvier 1942 à
prendre sa retraite.
Ces sanctions interviennent après que Jean-Jacques Pillet ait déclaré
à Radio Saint-Denis, le 15 décembre 1941 : "l'éducateur doit être frappé
sans faiblesse...il doit être frappé durement car sa faute contre l'honnêteté
civique est multipliée par toutes les petites âmes et tous les petits cœurs
français qui lui sont confiés.
Mais l'arbitraire avait déjà frappé l'enseignant réunionnais bien
avant la promulgation de la loi du 14 septembre 1941 qui porte la signature du
ministre de la Défense nationale l'amiral
Darlan,
successeur désigné de
Pétain.
Comment ne pas signaler le traitement infligé à mademoiselle
Paule
Georget en 1941. Cette année-là, mademoiselle Georget exerce les fonctions de
sous-directrice du cours normal de Saint-Denis. Un samedi du mois de mai, elle
est invitée à accompagner les professeurs et les élèves de son établissement
à la projection d'un film cinématographique retraçant la carrière militaire
du maréchal Pétain. Elle confie aux élèves que son emploi du temps ne lui
permet pas de répondre à l'invitation et qu'elle connaît déjà assez bien la
carrière du maréchal.
Cette confidence est rapportée par un des élèves au chef de service de
l'instruction publique
Hippolyte
Foucque qui reproche vertement à mademoiselle Georget de n'avoir pas assumé
ses responsabilités. L'affaire est soumise au gouverneur, qui décide le 26 mai
1941 de rétrograder mademoiselle Georget de
la première à la deuxième classe du corps des instituteurs et de lui faire
quitter sur le champ le cours normal pour aller enseigner les lettres au cours
complémentaire de Saint-André.
Un climat de peur
En 1942, finit par régner à la Réunion, un climat de peur.
L'arrestation de six Saint-Paulois honorablement connus, impliqués le 19
mars 1942, dans une affaire au centre de laquelle se trouve l'agent de
renseignements anglais
John
Simpson Jones, affaire qui prend des proportions énormes, l'internement également
de personnalités locales, tel le Prince
Vinh-San,
le débarquement des anglais à Diego Suarez le 5 mai 1942, créent dans la
colonie un climat de psychose difficilement supportable.
Ce climat s'alourdit un peu plus, lorsqu'en ce mois de mai 1942, des
affiches apparaissent sur les murs de la ville de Saint-Denis, affiches sur
lesquelles on peut lire à intervalles réguliers : "Taisez-vous !"
Taisez-vous", c'est la consigne inlassablement donnée à tous les Réunionnais
par l'ensemble de la presse locale.
Une autre recommandation qui n'est pas sans inquiéter les Dionysiens est
celle-ci : "lorsque la sirène du Barachois retentit longuement, à une
heure inhabituelle, prenez toutes dispositions pour quitter la ville en toute hâte
; rasez les murs, couchez vous au moindre coup de feu..." La fermeture
soudaine des établissements scolaires de Saint-Denis du 7 au 21 mai 1942, l'évacuation
de la ville ordonnée le 8 mai 1942, ne sont pas de nature à rassurer une
population plongée dans une indicible angoisse.
Angoisse qui ne se dissipera que de longs mois plus tard, lorsque le 28
novembre 1942, le contre-torpilleur "le Léopard" viendra jeter
l'ancre en rade de Saint-Denis et que sonnera l'heure du ralliement de l'île à
la "France combattante".
Rôle assigné à l'école publique par le régime
de Vichy.
Dès son arrivée au pouvoir, le maréchal Pétain ordonne une vaste réforme
de l'enseignement. Cette réforme prévoit que la formation des élèves-instituteurs
et élèves-institutrices, ne sera plus confiée à l'Ecole Normale, mais au lycée.
La vieille institution mise en place par la loi Guizot en 1833 et qui a formé
tant de générations de "hussards noirs de la République" (le mot
est de Péguy) doit disparaître.
Dès la rentrée de septembre 1941, les cinq boursiers et les trois
boursières admis au concours d'entrée au "cours normal mixte" de
Saint-Denis sont dirigés respectivement vers le lycée Leconte de Lisle et le
cours secondaire Juliette Dodu où ils vont préparer le "brevet de capacité
colonial", l'équivalent du baccalauréat d'aujourd'hui. Quant aux 22
auditeurs et auditrices libres, admis à ce concours, ils entrent au "cours
normal", qui ne tarde pas à être dénommé "cours primaire supérieur",
pour y préparer le "Brevet Supérieur" qui leur permettra de devenir
instituteurs et institutrices intérimaires. Les intérimaires constituant une
catégorie d'enseignants taillables et corvéables à merci, non payés pendant
les vacances scolaires.
Avec l'entrée en vigueur de la réforme voulue par le maréchal, c'en
est fini de la laïcité de l'école, instaurée par la loi de mars 1882.
L'institution scolaire devient, comme aux beaux jours du second empire, "un
instrument du gouvernement des esprits", dont le pouvoir se sert
pour réaliser ses "desseins bornés" et tenter de domestiquer
les instituteurs. La liberté de conscience est bien vite étouffée et la
dignité des instituteurs constamment agressée. Il suffit pour s'en convaincre,
de jeter un coup d'œil sur les programmes de l'enseignement publiés le 5 mai
1942 à la Réunion, sous la signature de
Pierre
Aubert. On y lit notamment : "le rôle de l'école est de faire de tous les
Français les servants d'une même foi". Au cours moyen l'éducation morale
traite les questions suivantes : "la famille, la patrie..., la civilisation
chrétienne" ; au lycée, au programme de l'éducation morale figurent
"la piété envers la patrie, l'hymne national, la fierté de la France...,
le loyalisme envers le chef de l'Etat".
Tout naturellement, la religion catholique est privilégiée, tant à l'école
publique, qu'en dehors de l'école.
Le 18 juin 1941, l'instruction religieuse (dispensée dans les églises,
en ce qui concerne les écoles primaires), est introduite dans les
horaires scolaires. L'instituteur est tenu d'accompagner ses élèves chez le
curé pendant le temps scolaire. Au lycée, les élèves-instituteurs doivent
suivre des cours d'instruction religieuse.
D'autre part, les fêtes religieuses comme la fête de Jeanne d'Arc, la
Très Sainte Trinité, donnent lieu à des manifestations dites patriotiques. Un
patriotisme haineux et exclusif, qui concorde
parfaitement avec l'esprit des programmes.
A ces cérémonies sont convoqués presque militairement enfants des écoles
et instituteurs et bien évidemment tous les chefs de services et les notables
des diverses localités, sans oublier les membres de la "Garde du maréchal"(créée
en décembre 1941) dont font obligatoirement partie les élèves-instituteurs,
ainsi que les membres de la "Légion française des combattants et
volontaires de la Révolution nationale", organisation pétainiste crée le
30 septembre 1940 à l'initiative de l'usinier
Rieul
Dupuis et du notaire
Gabriel
Macé.
Rien ne doit venir perturber sous quelque forme que ce soit l'exercice du
culte catholique. Ainsi, le 24 décembre 1941, le gouverneur Aubert adresse au
maire de Saint-Leu et à la gendarmerie de Piton Saint-Leu le télégramme
suivant : "je désire que cérémonie catholique occasion fête de Noël ne
soit pas troublée par habituel tam-tam malabar au Piton Saint-Leu".
A partir de mars 1941, une place importante est accordée chaque matin à
la cérémonie du "salut aux couleurs". Dès 8 heures, dans les écoles
de la colonie, les élèves, maître en tête viennent s'aligner en général à
l'entrée du portail de l'établissement pour assister à la dite cérémonie.
Pendant que le drapeau est hissé très lentement, jusqu'au sommet de son mât,
les élèves entonnent : "Maréchal, nous voilà ", "Le Chant du
Départ" ou "Fiers enfants de la Lorraine".
Cette cérémonie dont le but est d'exacerber le sentiment patriotique et
qui n'est en définitive qu'une manifestation quotidienne d'allégeance au maréchal,
se déroule parfois avec faste. Ainsi le salut aux couleurs s'effectue-t-il le 8
mars 1941 au lycée Leconte de Lisle, en présence du gouverneur Aubert.
A cette occasion le chef de service de l'instruction publique
Hippolyte
Foucque prononce une allocution dont voici un extrait : :
"que vers le drapeau montent nos espoirs et nos rêves, et
surtout votre foi dans le destin éternel d'une patrie, que,
fidèle à la parole et à l'exemple du maréchal notre chef
vénéré, vous referez grande forte et libre"
et
Jean-Jacques Pillet d'ajouter :
"c'est la volonté du chef de
l'état que la jeunesse
studieuse trouve dans cette cérémonie symbolique le sens
d'une nouvelle discipline où s'affirmera l'amour de la
patrie".
Annexe n° 2
L'opération
"Ironclad", extraits de l'intervention de M. le lieutenant-colonel
Champenois
des F.A.S.Z.O.I., lors de la Journée d’Histoire Vivante, organisée par le
collège de Saint-Paul, le 26 avril 1991
Dans les premiers mois de 1942, la guerre est à un tournant. Pour que ce
tournant soit décisif, il est inacceptable pour les Alliés de laisser
l'Allemagne et le Japon contrôler l'océan Indien à partir de Madagascar.
En premier lieu, parce que la situation militaire leur impose de
conserver le contrôle des routes maritimes reliant l'Europe à l'extrême et au
moyen Orient.
Si en Europe et dans l'Atlantique,
Churchill
n'est plus seul à porter le fardeau de la guerre, l'avantage demeure à
l'Allemagne : elle tient fermement le continent et inflige au cours de l'année
1942 les plus fortes pertes en tonnage de toute la guerre sur mer à la Grande
Bretagne et aux Etats-Unis.
Ce n'est en effet qu'en 1943 que l'effort de guerre américain portera
ses fruits, triplant le nombre de sous-marins allemands coulés et doublant le
tonnage construit tandis que les pertes sur mer diminueront de plus de moitié.
Dans les airs, toutefois, les Alliés reprennent l'initiative : dès
1941, le poids des bombes lâchées sur l'Allemagne excède celui déversé sur
l'Angleterre, et les 30 et 31 mai 1942, mille bombardiers font un raid sur
Cologne.
Ce que Londres est à l'Europe, le Caire l'est à l'Afrique et au
Moyen-Orient : si le succès face aux Italiens semble assuré en Somalie, en
Abyssinie et en Erythrée, si la menace venue du Nord semble écartée, il n'en
est pas de même en Libye où Rommel vient de prendre Benghazi et Gazala en février
et poursuit sa contre-attaque vers Tobrouk.
Staline,
pour sa part, a stoppé victorieusement l'avance allemande devant Moscou, mais
celle-ci reprend vers la Crimée permettant la reprise de la presqu'île de
Kertch et menaçant le pétrole du Caucase.
C'est cependant dans le Pacifique et en Extrême-Orient que le risque
s'avère le plus grave : en six mois, portant l'avance à son maximum, menaçant
l'empire des Indes et de l'Australie, l'offensive japonaise, menée sur trois
directions a été fulgurante.
Vers le sud, les Indes néerlandaises capitulent le 8 mars et la conquête
des Philippines s'achève par la chute de Corrégidor le 6 mai, ne laissant à
Mac
Arthur que sa détermination à revenir.
Vers l'ouest, l'Indochine est envahie, les cuirassés HMS Repulse et
Prince of Wales coulés en décembre 1941, Hong-Kong tombe, puis Singapour le 15
février 1942.
A l'est, des attaques en éventail portent les Japonais en Océanie, en
Nouvelle-Guinée et dans les îles Salomon.
Leur succès, au demeurant, se brisera sur la marine américaine : le 7
mai s'engage la bataille de la mer de Corail, qui marquera un coup d'arrêt décisif.
Face à une telle situation, les Britanniques se doivent de réagir :
"Notre principal itinéraire de ravitaillement vers le Moyen-Orient
et les Indes, l'un des deux itinéraires de ravitaillement de la Russie passait
par mer au large du Cap, remontant, de là, la côte est de l'Afrique.
Le nombre inquiétant de victoires japonaises pouvait faire craindre que
des sous-marins, des avions et des bâtiments de surface ennemis, traversant
l'océan Indien vers l'ouest, fissent bientôt peser une menace sur nos voies de
communications maritimes vers Suez et le Golfe Persique" (1)
Le risque existe donc ; or ce risque, c'est ensuite la complexité du jeu
politique qui en fera une menace assez tangible pour pousser Churchill à
l'action.
Au premier plan, l'Empire colonial français, dilemme de
Paul
Reynaud en juin 40, représente l'enjeu.
Sur scène, deux camps antagonistes, gênés par leurs propres
dissensions qu'attisent, en toile de fond, les événements proches ou
lointains, lourds de rancœurs durables.
L'Empire colonial, c'est, hors d'Europe, cent millions d'habitants, des
ressources économiques intactes, des points d'appui stratégiques et un réservoir
d'un million de combattants. Les atermoiements des premiers jours de 1940
n'avaient pas permis qu'on y poursuivît la lutte, aussi, très vite, cet empire
se trouve-t-il déchiré, écartelé, pour reprendre le terme de Paul-Marie de
la Gorce, entre ceux pour lesquels la résistance à l'envahisseur constitue
l'essentiel et les autres pour qui prime la fidélité au maréchal Pétain. Les
uns sont les comptoirs de l'Inde, les Nouvelles-Hébrides puis Tahiti, la
Nouvelle-Calédonie, Saint-Pierre et Miquelon, l'Afrique équatoriale française
et, par la force des armes, françaises hélas, la Syrie et le Liban ; les
autres, plus nombreux, sont les Antilles et la Guyane, l'Afrique du Nord,
l'Afrique occidentale française, l'Indochine, soumise au contrôle japonais, la
Réunion et enfin Madagascar et ses dépendances, où s'exerçait, sur des
populations tant indigènes qu'européennes au demeurant assez calmes et peu
tentées par l'aventure gaulliste, la férule modérée du gouverneur général
Armand
Annet.
Chez les Alliés, la volonté de
Churchill
va se heurter à celle -non moins forte- de
De
Gaulle qui considère que toute question mettant en cause la souveraineté française
ne concerne que lui.
Leurs relations se fondent sur la reconnaissance par le gouvernement
britannique du général de Gaulle comme "chef des Français libres"
puis sur un accord signé à Londres dès le 7 août 1940.
"Envisageant, d'une part, l'hypothèse où les vicissitudes de la
guerre amèneraient l'Angleterre à une paix de compromis, considérant, d'autre
part, que les Britanniques pourraient, d'aventure, être tentés par telle ou
telle de nos possessions d'outre-mer, j'insistai pour que la Grande-Bretagne
garantît le rétablissement des frontières de la Métropole et de l'Empire
français. Les Anglais acceptèrent finalement de promettre "la
restauration intégrale de l'indépendance de la France", mais sans
engagement relatif à l'intégrité de nos territoires" (1)
Aussi saine que soit, fondée sur de tels principes, la nature de leurs
rapports, les événements de la guerre vont en rendre la pratique très
difficile. Si le drame de Mers-el-Kebir et l'échec de Dakar avaient été
finalement admis par de Gaulle qui en percevait le caractère inéluctable, il
n'en était pas de même de la question du Levant.
A la suite de la reconquête par les forces britanniques et françaises
libres de la Syrie et du Liban, la France libre avait été écartée de
l'armistice de Saint-Jean-d'Acre. Bien plus, le transfert à celle-ci des
mandats sur la Syrie et le Liban se heurtait à l'incontestable duplicité des
Britanniques, fidèles en cela à leur vieille politique visant à l'effacement
de l'influence française au Proche-Orient. Churchill, de surcroît, se souciait
de ne pas heurter
Roosevelt
dont il dépendait matériellement ; or ce dernier, hostile par principe à la
présence coloniale française, était alors confronté à deux décisions
majeures : la réalisation de l'arme nucléaire et l'ouverture d'un second
front, pressé en cela par Staline. Mais il n'avait pas renoncé, en prévision
du cas où l'Afrique du Nord en eût été le théâtre, à se ménager les
bonnes grâces de Vichy espérant par là rallier à sa cause les autorités
françaises d'Alger, dès les premiers soldats américains débarqués. Autant
dire, par conséquent que le chef des français libres n'avait à ses yeux qu'un
bien faible crédit. Puisque, simultanément, les événements du Pacifique étaient
l'objet de ses soucis les plus urgents sur le théâtre de la guerre, la
participation américaine ou française libre à une opération à Madagascar se
trouvait être exclue.
Dans l'autre camp, les choses sont plus simples. Hitler a choisi de faire
porter son effort vers l'est. Certes, la mainmise de la France libre sur une
partie de l'Empire colonial le préoccupe mais il se trouve contraint soit à
intervenir, ce qui aurait pour conséquence de distraire ses forces de
l'essentiel, soit à donner à Vichy les moyens militaires de reconquérir ou de
défendre les territoires en cause, ce qui lui paraît exclu, soit à se résigner,
ce qu'il fera.
A Vichy,
Laval
a succédé à
Darlan.
Il est entièrement soumis à l'Allemagne ; par obligation, parce qu'il se
trouve lié par les clauses de l'Armistice, les protocoles qui l'ont suivi, la
question des prisonniers et l'écrasement de la France ; par conviction, ce qui
lui fait écrire : "Ma politique est basée sur la réconciliation avec
l'Allemagne sans laquelle je n'aperçois aucune possibilité de paix ni pour
l'Europe, ni pour la France, ni pour le monde. J'ai la certitude que l'Allemagne
sera victorieuse. Mais même si elle est vaincue, ma politique à son égard
resterait la même, car elle est la seule qui soit dans l'intérêt d'une paix définitive..."
(1)
Quant à Madagascar, on y prévoit effectivement une intervention alliée,
puisque
Benoît-Mechin
n'hésite pas à déclarer : "Le temps n'est pas encore venu de savoir si,
en vue de renforcer la défense de Madagascar, le gouvernement français doit
faire appel au Japon. Toutefois, si le besoin s'en faisait sentir un jour, étant
donné notre excellente collaboration pour la défense de l'Indochine, nous n'hésiterions
pas".
Ce qu'auront déterminé la politique et le sort des armes, c'est la géographie,
enfin, qui le complétera.
"Dès lors, s'impose l'importance de Madagascar, troisième île du
monde, située en océan Indien et séparée de la côte d'Afrique par le canal
de Mozambique où transitait la plus grande partie de nos convois. Le vaste port
de Diego-Suarez, à presque égale distance du Cap et de Colombo (à peu près
deux mille milles de chaque) et légèrement plus proche d'Aden se trouve à la
pointe nord de l'île. Achevées seulement en 1935, ses installations, modernes
et en eau profonde, pouvaient contenir l'ensemble des bâtiments de la flotte
japonaise. En possession d'une base telle que Diego-Suarez, l'ennemi serait en
mesure de tenir un axe vital pour nous sous le feu constant de ses forces
navales et aériennes"(2)
Du fait de leur exiguïté, de l'indigence de leurs infrastructures ou de
leur position excentrée, aucun des points d'appui britanniques de la région,
Aden, les Seychelles, les Chagos, Maurice, Durban, le Cap, n'offrait les mêmes
facilités ou ne permettrait d'entraver efficacement l'activité de celui qui se
rendrait maître de Diego-Suarez. Pour les mêmes raisons, ni Djibouti, ni le
lagon de Mayotte, ni la Réunion, alors aux mains de Vichy, ne représentaient
un tel danger.
Dès lors, la conclusion s'impose d'elle-même au commandement
britannique : il faut frapper Diego-Suarez, il faut le faire seuls et il faut le
faire vite, avant que n'y pointent les premiers rayons du soleil levant de la
marine impériale japonaise.
Diégo-Suarez, à quel prix ?
L'évaluation des pertes varie considérablement selon la nature des
sources. Les Britanniques admettent avoir eu 105 tués, 4 disparus et 483 blessés
tout en estimant les pertes françaises à 150 tués et 500 blessés, tandis que
certaines sources françaises portent ces chiffres à 1000 tués chez les
Anglais et 294 dont 56 Européens dans la garnison. Faute de sources précises
et officielles, la vérité est bien difficile à cerner.
Sans doute les uns, dans un souci politique évident de conciliation, et
les autres, pour souligner la valeur de leur défense, ont-ils, consciemment ou
non, quelque peu déformé la réalité. Si l'on retient toutefois comme
vraisemblable à priori le chiffre total de 300 tués, on obtient une moyenne de
6,3 tués par heure entre le débarquement et la chute du point d'appui, ce qui
témoigne avec certitude de la dureté des combats, mais demeure, à un mois de
Bir-Hakeim et de Tobrouk, un prix bien modéré. Les mêmes divergences existent
au sujet des pertes en matériel : les Français prétendent avoir abattu 8
avions et détruit 12 blindés cependant que la Force 121 ne reconnaît avoir
perdu que 9 avions, dont 4 du fait de l'ennemi et 5 blindés sur un total de 12,
précisément... Quel qu'en soit le nombre exact, tous ceux qui ont versé leur
sang ces jours-là ont droit, au moins, à notre estime.
(les
2 soldats sont décédés le même jour : 6 mai 1942)
Fallait-il faire Ironclad ?
De façon très nette, la réponse d'un stratège serait affirmative : il
n'était pas tolérable de laisser au Japon la possibilité de contrôler un
point d'appui naval de l'importance de Diégo-Suarez, eu égard à la situation
du moment.
Fallait-il, ensuite, poursuivre les opérations une fois tenu Diégo-Suarez
ou bien l'occupation de la base navale et de ses abords eût-elle suffi ?
Un tacticien, à son tour, répondrait positivement car il n'était pas
possible, tant que subsistait dans l'île une résistance organisée soumise à
la volonté de Vichy, d'en assurer la conservation avec une sûreté suffisante.
Mais fallait-il le faire dans de telles conditions ou bien, à un moment
ou à un autre, y associer la France combattante au risque de voir se reproduire
à Madagascar les douloureux événements survenus en Syrie ?
Nous
nous garderons, sur ce point de porter un jugement, bien qu'un transfert plus
rapide des responsabilités à une administration émanant du général de
Gaulle eût, vraisemblablement, limité les inconvénients.
Lieutenant-colonel
Champenois, Saint-Paul, le 26 avril 1991.
Annexe n° 3
Des
Juifs dans l'océan Indien
Un
des principaux enjeux de la Seconde Guerre mondiale, à savoir le devenir des
Juifs d'Europe a eu des retombées jusque dans le Sud-Ouest de l'océan Indien.
Si la Réunion n'a pas été directement concernée - le Gouverneur Aubert se contentant de reproduire ici les
lois de l'Etat français des 22 juillet et 3 octobre 1940 sur le statut des
Juifs (cf. page 41) – par contre, Madagascar d'abord, puis l'île Maurice ont
vu leurs noms associés à la tragédie de la Shoah. Il nous a donc semblé intéressant
de donner aux lecteurs quelques éléments d'une partie peu connue de l'histoire
de l'océan Indien sur laquelle des recherches sont encore à mener.
C'est à partir d'avril 1933 avec la
première loi raciale visant la restauration de la fonction publique en
Allemagne que se posent gravement les problèmes du sort et des possibilités d'émigration
des Juifs d'Allemagne, puis d'Autriche, de Tchécoslovaquie, de Pologne, de
Hongrie et de Roumanie.
Ces problèmes sont d'autant plus aigus
que, les pogroms se multipliant, des dizaines de milliers de personnes d'origine
juive assiègent les ambassades américaines, anglaises, françaises, suisses,
belges, hollandaises, pour obtenir des visas d'entrée dans ces pays. Or
pratiquement partout les possibilités d'immigration sont limitées par des
quotas. Aussi, sur initiative du gouvernement américain, la France accepte de réunir
à Evian, une conférence regroupant de mai à juillet 1938, 33 pays[1]
chargés de trouver une ou des solutions aux problèmes des Juifs d'Europe
Centrale et Orientale.
La conférence d'Evian n'a qu'un maigre
résultat positif : elle débouche sur la mise en place d'un comité
intergouvernemental qui poursuit les travaux d'Evian mais décide de s'installer
à Londres en août 1938. On en reste ainsi au stade des discussions jusqu'en février
1939, date à laquelle l'idéologue du national-socialisme, Alfred Rosenberg,
relance la solution de transporter tous les Juifs d'Europe Centrale à
Madagascar. Les propos de Rosenberg tenus durant une conférence de presse
destinée à des diplomates et journalistes étrangers en poste à Berlin, sont
reproduits in extenso le 8 février 1939 par le quotidien Berlinois Völkischer
Beobachter : «Il est hors de question de considérer la Palestine comme une région
appropriée pour une concentration dense de Juifs… La région choisie doit
pouvoir absorber quelques quinze millions de Juifs. Et, étant donné que les
deux plans relatifs l'un à Madagascar et l'autre à la Guyane britannique ont déjà
été officiellement avancés, il y a lieu de faire porter tout le poids de la
solution du problème sur ces deux territoires… Il ne s'agit pas de créer un
Etat juif, mais une réserve juive.»[2]
La solution "malgache" n'est
pas innocente ! Madagascar fait partie des revendications de territoires
coloniaux qu'expriment, dès 1920, les Italiens, les Polonais, les Allemands. Le
Traité de Versailles ayant fait perdre à l'Allemagne toutes ses ex-colonies et
Polonais ou Italiens ayant été exclus du partage colonial entraîné par cette
perte. D'ailleurs, en 1936, le gouvernement polonais avait déjà pris contact
avec le gouvernement français pour examiner les possibilités de transfert d'un
certain nombre de Juifs de Pologne à Madagascar. En 1937 une délégation
d'experts polonais est même allée à Madagascar, étudier sur place les
modalités de ce transfert. Toutes ces approches polonaises sont confirmées par
Marius Moutet, ministre des colonies qui déclare dans une interview au Petit
Parisien, le 11 mai 1937 : « Le gouvernement polonais nous a demandé s'il nous
paraissait possible de permettre l'installation de certains de ses nationaux
–je pense qu'il sous-entendait particulièrement des Israélites- dans nos
possessions d'Outre-Mer.»
A Madagascar comme à la Réunion, les
démarches du gouvernement polonais soulèvent une vague de protestations dont
on peut mesurer l'ampleur au ton de l'article suivant paru à Saint-Denis dans
le journal d'Alfred Fourcade, "Le Peuple", le 9 décembre 1937 : «Est-il
indifférent à notre vieille colonie que Madagascar devienne, au moins
partiellement, une colonie polono-juive où l'on parlera et où l'on enseignera
dans les écoles le polonais et le yiddish, où le français se sentira presque
déplacé et fera, pour ainsi dire, figure d'étranger ?… Sion n'est pas et
n'a jamais été dans l'océan Indien.»
Les pourparlers franco-polonais restent
évidemment sans suite avec l'attaque de la Pologne par l'Allemagne le 1er
septembre 1939. Le projet est cependant repris en mai 1940 par Himmler qui le
propose à Hitler dans la perspective d'une rétrocession de Madagascar au Reich
allemand en cas de défaite (ne faisant aucun doute) de la France.
A la demande de Himmler les services de
Heydrich, puis de Eichman étudient la logistique nécessaire à l'envoi de
quatre millions cinq cent mille Juifs d'Europe Centrale à Madagascar entre 1942
et 1945, avec, en contre-partie, l'expulsion des vingt cinq mille ressortissants
français.
Ces études sont stoppées en février
1942, Hitler ayant opté pour "la solution finale", la liquidation
physique des Juifs vivant dans les territoires contrôlés par l'Allemagne. Le
projet d'une «réserve juive à Madagascar» est donc une étape entre
l'intimidation des années 30 et les camps de la mort que découvrent les Alliés
durant l'année 1945.
En ce qui concerne Maurice, c'est la décision
du gouvernement de Londres de limiter à partir du 7 juillet 1937 le nombre de
Juifs admis à s'installer en Palestine (sous administration anglaise) qui
explique en partie, l'incroyable périple dans l'océan Indien de 1581 Juifs
d'Europe Centrale auxquels se sont joints 3 Juifs Turcs :
En décembre 1939, alors que la Seconde
Guerre mondiale vient à peine de commencer, près de 4000 Juifs surtout
Autrichiens ou résidents du Corridor de Dantzig, obtiennent des «permis de
sortie» de leurs autorités de tutelle. Ils se regroupent à Bratislava en
Slovaquie avec l'espoir de gagner rapidement la Palestine via le delta du
Danube, la Mer Noire et la Méditerranée. Le Danube étant bloqué par les
glaces, les autorités slovaques décident de les interner tous, fin décembre
1939. En août 1940, un homme d'affaires juif-slovaque, Storfer, trouve un
armateur grec acceptant de louer 4 cargos pour amener tous ces internés de
Bratislava à Tucea sur la Mer Noire. Les 3 600 personnes embarquées à
Bratislava arrivent à Tucea le 3 septembre et se répartissent sur trois
navires assurant les liaisons maritimes avec le Proche-Orient : Le Pacific, Le
Milos et l'Atlantic, qui prennent la mer le 11 septembre 1940. La traversée se
déroule dans des conditions épouvantables : surcharge, mauvaise hygiène,
nourriture insuffisante etc.… Les navires passent le 7 octobre à Héraklion
en Crète, le 12 novembre à Chypre et atteignent le 24 novembre le port d'Haïfa,
but du voyage. Là, les Britanniques refusent d'abord le débarquement des
passagers puis finissent par accepter la descente de 1 600 d'entre eux qui sont
immédiatement internés dans un camp de réfugiés sous contrôle de l'armée
anglaise. Pour les Britanniques, il n'est en effet pas question de dépasser le
quota de 75 0000 Juifs admis sur 5 ans en Palestine à compter de 1939 (Mémorandum
Mac Donald).
Ne sachant que faire de ces Juifs, les
Anglais décident de les transférer provisoirement à l'Ile Maurice et
obtiennent du gouvernement hollandais, la mise à disposition de 2 navires
devant assurer le transport d'Haïfa à Port-Louis. Les 2 navires, le John de
Witt et le New Zeeland appareillent le 9 décembre 1940 d'Haïfa avec 1584
passagers à bord, dont 640 Autrichiens, 530 résidents de Dantzig, 294 Tchèques,
84 Allemands, 20 Russes, 15 Roumains, 6 Hongrois, 2 Lituaniens et 3 Turcs. Ils
arrivent à Port-Louis le 26 décembre 1940, sont directement conduits à la
prison de Beau Bassin et internés avec des conditions draconiennes qui se relâcheront,
un peu, à partir de 1942. Les prisonniers sont alors autorisés à sortir en
dehors de la prison, pour certains à travailler à l'extérieur le jour, pour
d'autres à se marier et vivre en couple.
Dans les premiers mois qui suivent l'arrivée à Maurice, une trentaine de personnes meurent, surtout de la typhoïde ou d'épuisement. Par contre, durant toute la période de détention 60 bébés naîtront à la prison de Beau Bassin et seront enregistrés à l'état civil de Rose-Hill. En avril 1942, 80 Tchèques sont encore autorisés à quitter la prison pour rejoindre, en Angleterre, des troupes tchèques se battant aux cotés des Alliés.
C'est seulement en août 1945 que les
rescapés de cette expédition pourront enfin débarquer en Palestine, cette
fois avec la "bénédiction" des Anglais. Aujourd'hui, il reste à
Maurice, pour témoigner de la présence d'internés Juifs, 126 tombes marquées
de l'étoile de David, dans un espace spécialement aménagé du cimetière de
Saint-Martin au Sud de Port-Louis, 126 tombes toujours parfaitement entretenues.
Les éléments d'information contenus
dans la présente annexe ont été rédigés à partir de la lecture des sources
suivantes :
Cimetière juif de Beau-Bassin à l'île Maurice
Annexe n° 4
Liste
des maires et présidents des délégations spéciales de 1938 à 1945
(d'après le Bulletin Officiel de La Réunion,
années 1938 à 1945)
Annexe n° 5

Indicateurs et graphiques de la vie économique.
D'après des graphiques établis au lendemain de la guerre par un
fonctionnaire des services économiques, Archives Départementales de la Réunion.
1-
Nombre de navires touchant La Réunion (1938-1946)
(d’après
le mémoire de maîtrise de Mme Claudette JOUANEN)

(Archives départementales
de la Réunion)
2-
Tableaux récapitulatifs de l'activité économique à La Réunion pendant la
deuxième guerre mondiale (1939-1944)
(Archives
départementales de la Réunion)
(Importations en centaines de tonnes)
|
|
1939 |
1940 |
1941 |
1942 |
1943 |
1944 |
|
Viandes sur pied salées conservées |
5,5 |
2 |
5 |
4 |
6,5 |
4,5 |
|
Saindoux |
19 |
12 |
3,5 |
1 |
36 |
20,5 |
|
Farine de froment |
11 |
8,5 |
6,5 |
5,5 |
5 |
1 |
|
Légumes secs |
32,5 |
25 |
21,5 |
38 |
3 |
21,5 |
|
Métaux-ouvrages
en métaux |
61 |
16,5 |
5 |
0,2 |
0,3 |
4 |
|
Tissus |
18,8 |
10 |
2,1 |
0,4 |
18,6 |
9 |
3-
Tableaux récapitulatifs de l'activité économique à La Réunion pendant la
deuxième guerre mondiale (1939-1944)
(Archives
départementales de la Réunion)
(Importations en milliers de tonnes)
|
|
1939 |
1940 |
1941 |
1942 |
1943 |
1944 |
|
Importations de maïs et de riz |
43,5 |
23,5 |
21,5 |
8,5 |
3,5 |
12,5 |
|
Production locale de maïs |
4 |
8 |
12 |
16 |
17 |
12,5 |
|
Mouvement total |
47,5 |
31,5 |
33,5 |
24,5 |
20,5 |
25 |
4-
Tableaux récapitulatifs de l'activité économique à La Réunion pendant la
deuxième guerre mondiale (1939-1944)
(Archives
départementales de la Réunion)
(Exportations de denrées en en milliers)
|
|
1939 |
1940 |
1941 |
1942 |
1943 |
1944 |
|
Sucres (tonnes) |
73 |
31 |
37 |
3 |
4 |
27 |
|
Vanille (kilo.) |
49 |
33 |
18 |
0 |
0 |
25 |
|
Huiles Essentielles (hectolitres) |
170 |
77 |
68 |
0 |
7 |
114 |
|
Rhums (hectolitres) |
37 |
33 |
13 |
6 |
7 |
4 |
Annexe n° 6
Bibliographie
sommaire
A-
Sources
- Les
textes, allocutions, discours, messages, câblogrammes à caractère officiel,
les procès verbaux des séances du Conseil général, du Service des Échanges
Commerciaux, de la Commission de Défense de l’île, ainsi que les articles de
journaux ont tous été relevés aux Archives Départementales de la Réunion à
Saint-Denis, série M, dépôt du cabinet du gouverneur, ou série 1/PER.
- Semaine de la France d’outre-mer à l’île de la Réunion, ouvrage
édité au profit du Secours national, Imprimeur Mme F. Cazal, Saint-Denis 1941,
207 pages, Archives Départementales de la Réunion.
-
J.-J.
Pillet, Entre Nous, Editions du Bureau de la Presse-Information-Propagande,
Imprimeur Mme F. Cazal, Saint-Denis 1942, 227 pages. Cet ouvrage nous a été prêté
par M.
Alain
Vauthier.
-
Charles
de Gaulle, Mémoires de Guerre, tome 2 l’Unité, Librairie Plon, Paris 1962,
360 pages.
- Charles de Gaulle, Lettres, Notes et Carnets, juillet 1941 - mai 1943,
Librairie Plon, Paris 1982, 652 pages.
- Des documents ont également été repérés et utilisés auprès des
institutions suivantes :
Archives de l'Office national des anciens combattants, Direction départementale
de Saint-Denis, rue de Nice.
Archives de la Ligue des Droits de L'Homme.
Archives municipales de Saint-Leu, Saint-Paul, Salazie, Le Port, La
Possession.
Bibliothèque de l’Assemblée nationale, Paris.
Bibliothèque nationale, Paris.
C.M.I.D.O.M., Archives militaires, Versailles.
Musée de l’ordre de la Libération, Paris.
Musée de Stella, Piton Saint-Leu.
- Des renseignements, des documents, des témoignages nous ont été
fournis directement par les personnes suivantes :
Jean
Henri Azema,
Père
Jean Barassin,
Raymond
Barre,
Louis
René Bénard,
Joseph
Bret,
M.
le lieutenant-colonel Champenois,
Mgr
Cléret de Langavant,
Mme
Comins,
amiral
Evenou,
Famille
Hoarau-Mong Mane,
Guy
Hoareau,
Emile
Hugot,
Claudette
Jouanen-Sinimalé,
Jean-Baptiste
Laverquant,
Simon
Lucas,
André
Pelte,
Marinette
Poulet,
Maxime
Rivière,
Eugène
Rousse,
Jacques
Soustelle,
Alain
Vauthier,
Christiane
Vetch de Villèle,
Adèle
Vitry et
René
Vitry.
B-
Documentation
B1- Ouvrages généraux
Azéma, J-P,
De Münich à la Libération 1938-1945, collection Points Histoire n° 14,
Editions du Seuil, Paris 1979, 412 pages.
Foot, M, S.O.E. in French, Editions H.M.S. London, 1966,
460 pages.
Marseille,
J, Empire colonial et capitalisme français, histoire d’un divorce, Editions
Albin Michel, Paris, 1984, 462 pages.
Miquel, P,
La Seconde Guerre mondiale, Editions Fayard, Paris 1986, 645 pages.
Paillat, C,
Dossiers secrets de la France contemporaine 1939-1940, tome 5 : le désastre de
1940, Editions Robert Laffont, Paris, 1985, 697 pages.
Paxton, R,
La France de Vichy 1940-1944, Editions du Seuil, Paris 1973, 375 pages.
Rousso, H,
Les années noires, vivre sous l’Occupation, Collection Découvertes,
Gallimard, Paris 1993, 192 pages.
L’Europe en guerre septembre
1939 - juin 1940, in Historiens et géographes, revue de l’A.P.H.G., n° 328,
juillet-août 1990.
Vichy et les Français,
sous la direction de J.P. Azéma, F. Bédarida, D. Péchansky, H. Rousso,
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B2- Réunion et océan Indien
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Des Marines au Port de la pointe
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Jouanen-Sinimalé,
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au cours de la 2ème Guerre mondiale, mémoire de maîtrise d’histoire, centre
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La Réunion se souvient
(La vie à la Réunion de 1900 à nos jours), brochure conçue et réalisée par
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D’une île au monde, Entretiens avec Brigitte Croisier, Editions L’Harmattan,
Paris 1993,
Annexe n° 7
1- Carte Le Monde Colonial Illustré (n° 200, février
1940)
2- Photo du
général
de Gaulle parlant à la B.B.C. à Londres (juin1940) Maison natale de De Gaulle
à Lille
3- Portrait du
gouverneur
Aubert (Journal Chantecler, Archives de La Réunion)
4- Illustration humoristique : Jeunesse
(Journal Chantecler, Archives de La Réunion)
5- Illustration humoristique : La dernière
citation (Journal Chantecler, Archives de La Réunion)
6- Carte de Légionnaire (Collection
privée)
7- Photo du
maréchal
Pétain distribuée en 1941 par le Comité Pétain de Saint-Denis (Collection
privée)
8- Le gouverneur
André
Capagorry (Le Mémorial)
9- Le contre - torpilleur Le Léopard
(Le Mémorial)
10- Fêtes de la Victoire à
Saint-Denis le 8 mai 1945 (Le Mémorial)
11- Tickets de rationnement (Collection
privée)
12- Docteur
Raymond
Vergès (1882-1957, Archives de La Réunion)
13- Léon de Lépervanche de retour à
La Réunion en février 1946 à bord d’un des Junkers confisqués à l’Allemagne
pour assurer la liaison Paris - Madagascar - La Réunion - Maurice (Collection
privée)
14- Photo souvenir de
Monseigneur
de Langavant (25 avril 1935, Collection privée)
15- Photo
Henri
Azéma lors de l'interview (GBG)
16- Photo de Simon Lucas
17- Photo du
Prince
Vinh-San (Le Mémorial)
18 - Emile Hugot sous lieutenant à
Blida à l’âge de 23 ans (Journal Le Réunionnais, 8 août 1993)
19- Jules Evenou dit Commandant Richard
(Chancellerie de l’Ordre de la Libération)
20- Les marins du Léopard dans les
rues de Capetown en octobre 1942 (Bibliothèque nationale Paris)
21- Le Savorgnan de Brazza des FFNL
faisant la navette entre La Réunion et Madagascar dans les années 1943-1944
(Anciens combattants Saint-Denis)
22- Journal Le Figaro, semaine du 8 au
14 mai 1942 sur les événements de Madagascar, archives des auteurs
23-
Cimetières français et anglais de Diégo Suarez (tombes de militaires français
et anglais décédés le 6 mai 1942, lendemain du débarquement des forces
anglaises dans la baie du Courrier) Photos GBG
(1)
Christopher BUCKLEY "Five Ventures" Londres 1954
(1) Ch. De Gaulle, Mémoires de Guerre - l'Appel.
(1) P. Laval, Télégramme à l'Ambassade de France à Washington - avril 1942
(2)
Ch. Buckley, op. cit.
[1] La Grande Bretagne, l'Australie, la Nouvelle Zélande, le Canada, l'Afrique du Sud, la Belgique, le Danemark, la France, la Norvège, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse, vingt républiques sud-américaines et un représentant du président des Etats-Unis.
[2]
Cet article du Völkischer Beobachter du 8.2.1939 est cité par Philip
Friedman dans "The Lublin Reservation and the Madagascar Plan, Annual
of Jewish Social Science, tome VIII, New York, 1953, page 151.