AVANT-PROPOS
1 Présentation du travail par les auteurs
1- une exposition ouverte au
public du 18 au 28 juin 1990, à la Bibliothèque de Saint-Paul, dans le cadre du
cinquantenaire de l'appel du général de Gaulle aux Français (18 juin 1940).
2- l’organisation d’une "Journée
d'Histoire Vivante" le vendredi 26 avril 1991 au Cinéma Splendid de
Saint-Paul.
3- la publication d’un
ouvrage "grand-public" intitulé : "Une île dans la guerre, la Réunion de la
mobilisation à la départementalisation", par les Éditions Azalées, rue
Sainte-Anne à Saint-Denis, le 26 novembre 1992.
"La
Réunion dans la Tourmente" n'est pas un ouvrage d'histoire classique,
événementielle, des années 39-46 à la Réunion. C'est un recueil de documents et
témoignages, qui, pour bon nombre d'entre eux ont été relevés avec nos élèves de
la 3ème 3. C'est donc un livre à caractère pédagogique destiné aux personnes qui
veulent compléter leurs connaissances par le contact direct avec des textes
d'époque, avec des témoignages bruts.
La
"critique" du document n'est pas prise en compte dans une démarche de ce
type.
Cet
ouvrage n’a pas pu être édité et nous avons trouvé regrettable de laisser dormir
de tels documents pendant quinze années, alors que l’histoire régionale de la
période figure maintenant au programme des classes de Troisième et de Terminale.
Ce
recueil de textes et documents se veut un outil à l’usage de ceux que l’histoire
de La Réunion passionne et nous leur en souhaitons bonne lecture !.
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La 1ère partie contient une chronologie détaillée des événements de 1939 à
1946.
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La 2ème partie est consacrée aux documents classés sous 8 rubriques, de A à H.
Pour chaque rubrique, une courte introduction précède les textes numérotés
chronologiquement.
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La 3ème partie est réservée à 7 témoins de la guerre.
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La 4ème partie regroupe des informations annexes et une bibliographie
sommaire.
Nos
remerciements les plus chaleureux à toutes les personnes qui ont participé à
cette réalisation et en particulier :
à
Lilian Grondin, qui a permis la réalisation technique de ce site personnel.
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Allocution
de Monsieur
André Varinard Recteur de
la Réunion lors de l’ouverture du colloque : « Journée d'Histoire
Vivante » organisé au cinéma
Splendid de Saint-Paul le vendredi 26 avril 1991)
Dans tous les esprits, la guerre avait été une horrible fracture, un cauchemar que certains voulaient effacer, d'autres exalter afin qu'on ne connaisse "plus jamais çà !" comme on lisait sur les affiches après la Libération.
Il faut re-situer cette France-là : entièrement occupée par une puissance étrangère (c'était la première fois), gouvernée par des hommes inféodés à un pays ennemi, détruite par les bombardements au nord, mise au pillage et ruinée économiquement, cette France dont la prospérité incitait Hitler à vouloir "en faire son jardin" manquait dans les zones urbaines de produits alimentaires, mangeait des topinambours, des rutabagas, faisait d'interminables queues devant des magasins, où, , même avec les tickets de rationnement, on ne pouvait pas toujours acheter ce dont on avait besoin.
La France n'avait plus de marine, ce qui ne lui permettait plus d'entretenir ses relations avec l'Outre-mer. Ceux qui ont connu l'époque du blocus à la Réunion vous diront à quelle vie ils étaient réduits.
Cette période de pénurie qui a duré encore quelques années après la Libération a laissé des souvenirs, je dirais même des cicatrices indélébiles (rappelez-vous la panique avant la Guerre du Golfe).
En vérité, dans cette grande douleur, c'était une France nouvelle qui naissait ou plutôt qui allait renaître de ce pays humilié.
Il fallait maintenant que les Français regardent leur pays en face et non plus à travers les légendes orgueilleuses du passé et le patriotisme cocardier hérité de l'Empire et de la Première Guerre mondiale.
Notre puissance militaire était réduite à néant, l'Europe était ravitaillée par les États-Unis grâce au plan Marshall. Victorieuses mais épuisées par la guerre, les nations alliées cherchaient dans une coopération avec leurs libérateurs et leur ancien adversaire le moyen de relever leurs économies ruinées (c'étaient les premiers pas de la coopération européenne qui se concrétisera en 1993 par l'acte unique européen).
Le mythe de la France naguère "mère des arts, des lettres et des lois", stable dans son consensus social et fière de sa joie de vivre et de sa relative autonomie, ce mythe était brisé.
Le rayonnement international de notre pays pâlissait, le français cessait d'être la langue diplomatique remplacée par l'anglais, le partage du monde à Yalta s'était fait sans la France. Certes, elle était encore dans le groupe des "4 grands", mais reléguée au quatrième rang.
Un de mes professeurs de lycée ne commençait-il pas son cours sur l'économie française par ces mots :
"La France est la première des puissances de second ordre..."
Dans l'esprit des Français c'était la grande désillusion et aucun de ceux qui ont vécu cette époque, même ses adversaires, n'ont oublié les accents de la voix du général de Gaulle qui, après ses appels de Londres sous l'Occupation, tentait de rendre aux Français leur fierté après tant d'humiliation.
Avec de Gaulle, on faisait la toilette des souvenirs : fini le service du travail obligatoire, finis la collaboration avec l'ennemi, les dénonciations, le marché noir, la traque des juifs, des communistes, des francs-maçons, des résistants, toutes choses qui avaient provoqué la déchirure du tissu national.
On avait découvert l'horreur de la barbarie organisée par le nazisme, des millions de gens déportés, massacrés d'une façon horrible, systématiquement et rationnellement.
Il fallait oublier cette honte et retrouver dans les nouveaux messages de paix et de fraternité, des raisons d'espérer dans l'avenir comme n'avait cessé de le faire ces héros de la résistance que l'on découvrait enfin au grand jour (Jean Moulin) et qui permettaient de retrouver après les lâchetés une France courageuse.
La Seconde Guerre mondiale c'était aussi le départ d'un bouleversement international considérable, la nouvelle carte de l'Europe marquait la rupture entre les deux blocs qui pendant un demi-siècle diviseront le monde : l'Est communiste, ("le monde de derrière le rideau de fer"), l'Ouest capitaliste "le monde libre") et l'émergence des États-Unis comme super puissance mondiale organisatrice et dominatrice économiquement et militairement.
L'Allemagne; et le Japon, mis au banc des nations, l’O.N.U. réorganisée, qui punissait les criminels de guerre : on allait pouvoir enfin recommencer à vivre !
Ainsi comme le disait un historien de mes amis, on entrait dans le second XXème siècle.
La rapide évocation de cette période est, comme vous me l'avez demandé, faite de souvenirs et d'impressions personnels mais quarante ans après la fin de cette guerre mondiale dont l'unification de l'Allemagne marque la véritable fin, le temps semble venu de pouvoir en tirer des leçons et de faire que les histoires que l'on a transmises depuis deux générations deviennent de l'Histoire. Ce ne sera pas un des moindres mérites de cette journée "Histoire vivante" que nous présenter les témoignages de ceux qui ont vécu l'événement et l'étude scientifique de ceux qui les ont étudiés avec le recul et dans un esprit volontairement dépassionné.
Pendant les dix premières années qui ont suivi la Libération, une génération de contemporains souvent journalistes a tenté de rassembler des témoignages de faits s'étant déroulés pendant cette guerre et l'occupation allemande.
La littérature ayant trait à la vie des prisonniers, aux camps de la mort, au génocide nazi, à ses méthodes de terreur, fut abondante et racontée par des hommes qui avaient été témoins ou victimes et dont l'objectivité n'était pas toujours la qualité première, on le comprend !
Des ouvrages de toutes sortes furent publiés sur la collaboration, la résistance, les massacres commis par la milice et bien sûr tous les procès liés à l'épuration ont donné lieu à de nombreuses polémiques.
Dans une période marquée par le soulagement de la liberté d'expression retrouvée, on a assisté à un foisonnement extraordinaire de témoignages.
Puis, les esprits s'apaisant avec le temps, ce sont de nouveaux auteurs qui se sont penchés sur cette époque, en tentant de jeter un regard plus objectif sur les faits, en revenant à des sources vérifiées.
La meilleure illustration de cette méthode a été fournie par Henri Amouroux, journaliste-historien dont l'œuvre en forme de chronique "Les Français sous l'Occupation", et "Quarante millions de pétainistes", représente une modèle du genre.
Ce n'était pas encore l'oubli mais l'époque était à l'indulgence, au pardon parfois. On prenait de la distance...
Dans les années 60, l'actualité un temps monopolisée par la guerre d'Algérie et les bouleversements qui l'avaient suivie laissait penser que la page de "la guerre de 40" semblait tournée.
C'est le film particulièrement bien réalisé "Le Chagrin et la Pitié" de Max Ophuls qui réveilla les consciences d'une façon brutale.
L'image de la résistance présentée jusque là comme collective, à l'exception de quelques lâches et traîtres vendus à l'ennemi, se trouvait brusquement remise en question.
Voici que resurgissait une image qu'on croyait oubliée du peuple français pendant la guerre beaucoup moins idyllique et manichéiste qu'on ne m'imaginait. Ce film touchait au fond de la conscience ceux qui avaient, parfois honteusement vécu cette époque peu glorieuse et dont les trompettes avaient couvert les murmures. Ce film restituait la réalité quotidienne sans complaisance, incontestablement, dérangeait.
Mais, par la suite, hormis quelques procès spectaculaires d'anciens tortionnaires et quelques théories historiques de nostalgiques voulant réécrire l'histoire à leur façon, on a pu constater un certain désintérêt pour la Seconde Guerre mondiale en France, en revanche l'école américaine s'est tournée, elle, vers l'histoire de l'Europe des années 1940-1950 qu'elle cherche à mieux comprendre.
Nous voici entrés aujourd'hui dans la phase que les historiens qualifient "d'histoire froide" avec toutefois l'avantage de pouvoir consulter encore des acteurs et des témoins qui sont toujours là pour apporter leur contribution aux spécialistes ce dont nous nous réjouissons.
Et, dans ce sens, j'estime que la manifestation d'aujourd'hui revêt un grand intérêt puisque c'est de ces apports complémentaires qu'émergera la vérité historique.
Je m'adresse à vous notamment, les élèves dont les parents n'étaient pas nés pendant cette guerre et pour lesquels tout cela paraît aussi vieux que les pharaons.
Les intervenants de cette journée vont nous remettre en situation et alimenter notre réflexion à partir d'un double regard celui de l'acteur témoin et celui du spécialiste analyste. C'est bien cela, l'histoire vivante.