1ERE PARTIE : REPERES CHRONOLOGIQUES

 

1939

 

1er septembre : Entrée des troupes allemandes en Pologne, début de la 2ème Guerre mondiale. La Réunion compte 221 000 habitants, dont 31000 à Saint-Denis.

3 septembre : A la Réunion comme en Métropole, mobilisation générale à partir de 0h. Allocution radiodiffusée du gouverneur de l'île, Joseph Court ;: "Notre nation, debout aux côtés des pays alliés, répondra par la victoire de la conscience humaine".

4 septembre : Mise en place par le gouverneur Court du "Service des Échanges Commerciaux", chargé d'évaluer les stocks, de veiller à leur maintien et leur répartition.

9 septembre : Un premier détachement de 1000 militaires prend la mer en direction de Madagascar et Marseille sur le cargo "Ville de Tananarive".

23 septembre : Le Conseil général vote une taxe de Défense nationale destinée à couvrir les frais de défense active et passive.

30 septembre : Publication au "Journal Officiel" du décret nommant Pierre Emile Aubert, gouverneur de la Réunion, en remplacement de Joseph Court, admis à faire valoir ses droits à la retraite.

 

 

Au temps du maréchal (1940-1942)

 

1940

 

12 février : Arrêté du gouverneur Court réglementant l'achat et l'abattage des bovins, ovins, caprins sur le territoire de la colonie.

27 février : Arrivée en rade de Saint-Denis du nouveau gouverneur de la colonie, Pierre Emile Aubert.

25 avril : Un deuxième détachement de 805 hommes prend la mer sur le cargo "Le Malgache", pour la France.

5 mai : Un troisième détachement de 1207 hommes quitte la Réunion.

13 mai : L'armée allemande envahit la France.

20 mai : Premières mesures de rationnement, un décret du gouverneur réglemente la mise en vente des marchandises chez les commerçants industriels, artisans, afin d'éviter stockage et spéculation.

11 juin : Annonce à la Réunion de la déclaration de guerre de l'Italie à la France.

14 juin : Les troupes allemandes pénètrent dans Paris. Le gouvernement français se retire à Bordeaux.

17 juin : Un dernier détachement de 356 militaires quitte la Réunion.

19 juin : Câblogramme du gouverneur Aubert au Ministère des colonies à Bordeaux : "En parfaite communion d'âme avec Gouverneur général Madagascar, nous avons foi ardente en une victoire finale qu'obtiendront les Alliés, en poursuivant en commun la guerre avec appui poussé jusqu'au dernier sacrifice de leurs empires".

20 juin : Pétition d'une cinquantaine de signatures, envoyée au gouverneur Aubert par des personnalités de Saint-Denis, demandant de continuer la lutte et d'accueillir à la Réunion des réfugiés de France.

22 juin : Signature à Rethondes des Conventions d'Armistice entre la France et l'Allemagne.

23 juin : Remise au gouverneur Aubert d'un message de Lord Halifax, sous-secrétaire d'état aux Affaires Étrangères du Royaume-Uni, proposant au gouverneur, en échange de garanties économiques et institutionnelles, de continuer le combat au côté des Anglais.

25 juin : Entrée en vigueur effective de l'armistice sur tout le territoire français.

26 juin : Télégramme du gouverneur Aubert aux maires et chefs de brigade de gendarmerie : "Devez m'apporter votre aide pour calmer énervement certains milieux et faire cesser certaines manifestations malencontreuses."

26 juin : Le gouverneur Aubert réunit un Comité Directeur de l’Économie Intérieure, chargé de dresser un état des lieux de la colonie et proposer des mesures d'urgence. La capacité de stockage du sucre est évaluée à

60 000 tonnes, mais il manquera 200 000 sacs. Les réserves de riz sont estimées à 8 mois et les réserves de farine à 6 mois.

28 juin : Le général de Gaulle installé à Londres depuis le 17 juin, est reconnu par les britanniques, "chef des français libres".

29 juin : Le gouverneur Aubert convoque une Commission consultative de Défense à laquelle sont invitées toutes les personnalités civiles et militaires de Saint-Denis présentes dans l'île.: Raoul Nativel, Adrien Lagourgue, Henri Poulet, Anatole Hugot, capitaine Plat, Henri Foucques, Raymond Vergès, Emile Hugot... Lors des discussions, des divergences d'opinion se manifestent sur 2 points : -Faut-il ou non continuer la lutte aux côtés des Anglais ?-. Le Gouvernement de Bordeaux est-il légal et libre ou pas ? Une très large majorité penche en faveur de la poursuite de la lutte, mais refuse de se prononcer sur la légalité du gouvernement de Bordeaux, faute d'informations. Le gouverneur Aubert, pour qui cette légalité ne fait pas l'ombre d'un doute, bloque le débat en posant la question de confiance et de l'obéissance au gouverneur lui-même. Il obtient sur ce point l'unanimité, ce qui lui permettra d'amarrer la Réunion au train du gouvernement du maréchal  Pétain.

1er juillet : Circulaire du gouverneur Aubert annonçant à la Réunion la cessation des hostilités vis à vis de l'Allemagne et de l'Italie.

3 juillet : Attaque par les Anglais de la base navale française de Mers El Kébir. Violente campagne de presse anti-anglaise dans les jours qui suivent à la Réunion.

10 juillet : Vote par l'Assemblée nationale des pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Les deux députés de la Réunion, Brunet et Gasparin, radicaux-socialistes, ont voté "oui".

20 juillet : Création à Paris, par Xavier Vallat, de la Légion française des combattants.

22 juillet : Rupture des relations diplomatiques entre la France et l'Angleterre. Les communications entre la Réunion et l'île Maurice sont interrompues.

Ralliement des Nouvelles Hébrides à la France libre.

30 juillet : Les Anglais annoncent le blocus maritime de la France et de ses possessions d'Outre-mer.

Appel du général de Gaulle aux Français de l'Empire, diffusé ce jour par la B.B.C. de Londres.

27 août : Ralliement du Cameroun et de la presque totalité de l'A.E.F. à la France libre.

28 août : Circulaire du gouverneur Aubert demandant aux fonctionnaires et agents de la colonie de déclarer et s'engager à ne pas appartenir à des sociétés secrètes. Le local de la Loge maçonnique "L'Amitié" à Saint-Denis est mis sous séquestre, puis vendu au profit de la municipalité, 6 fonctionnaires maçons seront révoqués.

1er septembre : Ralliement de Tahiti à la France libre.

3 - 25 septembre : Échec des français libres devant Dakar.

30 septembre : Création à Saint-Denis de la Légion des combattants et volontaires de la Révolution nationale, placée sous la direction de Rieul Dupuis, René Payet, Gabriel Macé.

24 octobre : Ralliement de la Nouvelle Calédonie à la France libre.

27 octobre : Le général de Gaulle crée à Brazzaville le Conseil de Défense de l'Empire. La Réunion n'aura pas de représentant au Conseil avant 1943.

28 octobre : Spectaculaire évasion sur une goélette de l'industriel Maurice Samat et de trois compagnons vers l'île Maurice.

Octobre 1940 - octobre 1941 : Réforme des institutions locales.

Les maires et les conseillers municipaux sont désormais nommés par délégation spéciale du gouvernement de Vichy

Le Conseil privé est maintenu, seuls 2 conseillers, Anatole Hugot et Robert Le Vigoureux sont éliminés.

Le Conseil général est remplacé par une Commission administrative de 7 membres, dirigée par le gouverneur.

16 novembre : Création de l'ordre de la Libération par le général de Gaulle.

29 novembre : Circulaire du gouverneur Aubert interdisant la réception sur les voies et places publiques des émissions radio des postes britanniques.

3 décembre : Circulaire du gouverneur Aubert enjoignant aux fonctionnaires et agents de la colonie qui tombent sous les dispositions des lois portant statut des Juifs, de faire parvenir au Secrétariat général une déclaration de leur qualité. La non fourniture de cette déclaration entraînerait la révocation de la personne concernée à compter du 7 décembre 1940. En fait ce ne seront pas des Juifs, mais 9 agents de la colonie, Mauriciens ou Chinois non naturalisés, qui seront révoqués et expulsés vers Maurice en janvier 1941.

 

 

1941

 

28 février : Le conseil municipal de Saint-Denis donne à la place du Barachois le nom de place maréchal Pétain. Dans les mois qui suivent, en liaison avec une tournée systématique des communes effectuée par le gouverneur Aubert, tous les conseils municipaux adressent des motions ou télégrammes d'allégeance au maréchal Pétain. Dans de nombreux cas, le nom du maréchal  est donné à des rues ou des places.

Mars : Deux Réunionnais, Louis-René Bénard, de Saint-Joseph et Auguste Técher, des Avirons, sont distingués en Lybie, Compagnons dans l'ordre de La Libération, par le général de Gaulle.

7 mars : Arrêté du gouverneur réglementant la détention, la circulation, la vente et l'utilisation de la farine de froment pour la fabrication du pain dans la colonie.

19 mars : Arrêté du gouverneur réglementant la détention, et la vente d'huiles et de graisses minérales dans la colonie.

10 juillet : Installation à Saint-Denis d'une Cour Criminelle Spéciale, placée sous la responsabilité du procureur Du Hamel et chargée de juger sans appel les délits économiques et politiques.

15 - 21 juillet : Grande manifestation de la Révolution nationale à la Réunion : ouverture à Saint-Denis de la "Semaine de la France outre-mer” avec messe pontificale, dite par Monseigneur Cléret de Langavant, allocutions, expositions, conférences. Une de ces conférences est radiodiffusée intégralement :"L'œuvre médicale française aux colonies", par le docteur Raymond Vergès, Directeur du service de Santé.

16 juillet : Allocution radiodiffusée de Monsieur Henri Poulet, Directeur de la Banque de la Réunion, garantissant aux planteurs que "la coupe se fera, le sucre sera payé".

L'ingénieur Mondain, Directeur de la Météo est déclassé et muté à Madagascar pour "propagande gaulliste et anglophile".

20 juillet : Grande fête, Place du maréchal  Pétain et au Jardin Colonial, pour l'anniversaire de la fondation de la Légion française des combattants. Bal le soir, en l'hôtel du gouverneur.

15 août : Arrêté du gouverneur Aubert réglementant la circulation des véhicules à moteur. Seuls sont autorisés à circuler les véhicules dont les conducteurs sont munis d'un laisser passer (carte rouge), délivré par le Service des Échanges Commerciaux.

18 septembre : Publication des nouvelles mesures de rationnement prises par le gouverneur Aubert et le Conseil Économique :

- distribution dans les mairies de cartes d'alimentation pour le riz et le maïs,

- 9 000 hectares plantés en canne doivent être recyclés, principalement dans l'Est,

- 1 000 hectares plantés en canne doivent être exclusivement affectés à la fabrication de l'alcool carburant, principalement dans l'Ouest,

- les 9 000 hectares libérés seront plantés pour 7 000 hectares en maïs, pour 1 500 hectares en oléagineux et 500 hectares en haricots.

23 septembre : La Cour Criminelle Spéciale, présidée par le gouverneur Aubert lui-même, juge et condamne à de lourdes peines, cinq commerçants de Saint-Denis, accusés de spéculation et marché noir.

Novembre : La Cour Criminelle Spéciale condamne Léon de Lépervanche, syndicaliste du C.P.R. à 3 mois de prison pour "menées communistes et intention manifestée de vouloir quitter clandestinement l'île".

Décembre : Création à Saint-Denis d'un Comité de propagande Pétain, présidé par Armand Barrau.

Création à Saint-Denis de la Garde du maréchal Pétain, environ 800 fidèles de la Révolution nationale, dirigés par Jean-Jacques Pillet, chef de cabinet du gouverneur.

 

 

1942

 

19 février : L'ancien président du Conseil, Édouard Daladier, comparaît devant la Cour Suprême de Justice de Riom, en même temps que le général Gamelin et Léon Blum. La défense de Daladier est brillamment assurée par Maître Maurice Ribet, avocat d'origine réunionnaise, né à Saint-Denis en 1895. Maître Ribet obtient la suspension du procès le 11 avril. Devenu bâtonnier du barreau de Paris en 1947, Maurice Ribet assurera également la défense du savant Georges Claude, accusé de collaboration, et la partie civile dans le procès lié au meurtre  d'Alexis de Villeneuve.

19 mars : Le remorqueur de Port Louis, le "Portia", débarque à Saint-Gilles-les-Bains, un agent de renseignement anglais, Simpson Jones, basé à Maurice, avec un collaborateur et 35 kilos de matériel de transmission-radio.

26 mars : En voulant quitter la Réunion, l'agent Jones se fait prendre sur dénonciation par la gendarmerie de Saint-Gilles. Sa capture entraîne l'arrestation des 6 personnes qui l'avaient aidé dans la région de Saint-Gilles. Le tribunal militaire de Tananarive saisi de l'affaire en juin, prononce des peines relativement modérées : une condamnation à 5 ans de prison pour espionnage, 2 condamnations à 2 ans pour complicité et 3 acquittements.

Mai : Publication par Jean-Jacques Pillet,  chef de cabinet du gouverneur, d'un ouvrage de 227 pages, intitulé "Entre Nous", groupant ses bulletins de propagande diffusés sur Radio Saint-Denis, de novembre 1940 à février 1942.

5 mai : Des troupes anglaises, comprenant des bataillons sud-africains, débarquent à Diego Suarez : trois jours de bataille, environ 400 morts, un sous-marin, un croiseur et 9 avions détruits.

8 mai : Câblogramme du gouverneur de Madagascar au gouverneur Aubert signalant qu'un gros croiseur britannique se dirige vers la Réunion, certainement en vue d'une attaque de l'île. La Réunion est mise en état d'alerte. Dans la journée, la drague "Le Bouteville" est coulée à l'entrée du port de la Pointe des Galets. En fonction du plan prévu en septembre 1939, 9000 personnes évacuent Saint-Denis vers les hauteurs, la plupart camperont dans des conditions précaires parfois jusqu'à une semaine.

30 août : A la Redoute à Saint-Denis, cérémonie dite de "La Terre de Gergovie", en liaison avec la cérémonie organisée à Gergovie en présence du maréchal Pétain, pour l'unité française. Des parcelles de terre des 23 communes de l'île sont rassemblées à la Redoute en présence des autorités religieuses, civiles, militaires, de la Légion, de la Garde, des scouts et des enfants des écoles. Ces parcelles seront expédiées à Gergovie.

26 septembre : Des tracts sont distribués dans des rues de Saint-Denis par Carlos Chabot et Francis Carpin qui prennent la clandestinité. Ils appellent les Réunionnais à ne pas résister aux Anglais. L'imprimeur des tracts, Hervé Cazanove est arrêté le 27 et condamné à 3 ans de prison.

27 septembre : Réunion à l'Hôtel du gouvernement d'un Conseil de Défense de l'île qui prend plusieurs décisions importantes :

- Saint-Denis est déclarée ville ouverte, elle ne sera pas défendue en cas d'attaque. Les maires des autres communes (sauf Salazie) reçoivent la consigne de ne pas résister en cas d'invasion.

Le gouverneur Aubert, ses principaux adjoints et une partie des forces armées vont s'installer fin septembre à Hell-Bourg dont l'accès est fortifié.

5 novembre : Reddition sans condition du gouverneur général Annet de Madagascar, aux Anglais.

11 novembre : Malgré l'arrêté du gouverneur interdisant les cérémonies publiques, une vingtaine de dames de Saint-Denis viennent, par petits groupes, déposer des fleurs au monument aux morts. Cet acte considéré comme séditieux, leur vaudra mille francs d'amende à chacune.

7 novembre : Les Américains débarquent en Afrique du Nord.

20 novembre : Arrivée du contre-torpilleur "Le Léopard" des Forces navales françaises libres à Port Louis, île Maurice.

 

 

Au temps du général (1942-1946)

 

1942

 

27 novembre :

23 heures : Le contre-torpilleur "Le Léopard" appareille de Port-Louis (île Maurice) et fait route vers l'Ouest à une vitesse de 30 nœuds.

28 novembre :

2 heures : Message du " commandant Richard" à l' amiral Somerville, commandant en chef britannique pour l'océan Indien, l'avertissant de sa mission de rallier la Réunion à la France libre.

4 heures : Le Léopard stoppe à 500 mètres de la pointe du cimetière et envoie 2 pirogues de reconnaissance.

4 heures 30 : Début du débarquement en 2 vagues, transportées au débarcadère du Barachois ; la première comprend 3 officiers et 40 fusiliers marins ; la deuxième, 4 officiers et 40 marins

5 heures 35 : Le capitaine de corvette Barraquin envoie un signal optique pour avertir le Léopard que tous les objectifs sont sous son contrôle.

7 heures : Par la radio, les Portois apprennent le débarquement des marins de la France libre.

8 heures 45 : L'émissaire du général de Gaulle pour la Réunion, André Capagorry, administrateur-chef des colonies, débarque au Barachois et s'installe à l'Hôtel du gouvernement.

8 heures - 12 heures : Une partie du Commando F.F.L. marche vers Hell-Bourg où s'est retiré le gouverneur Aubert.

Vers 14 heures : La batterie du Port, commandée par le lieutenant Hugot tire à nouveau en direction du Léopard.

15 heures : L' ingénieur Décugis, envoyé au Port pour parlementer avec le lieutenant Hugot, est abattu à proximité d'un barrage militaire sur la route de la Montagne ; l' enseigne de vaisseau Moreau, qui l'accompagnait, est fait prisonnier et conduit, par des sentiers de montagne à Hell-Bourg.

17 heures : Le Léopard s'étant déplacé vers le Port, bombarde la Pointe des Galets. Bilan de la salve, 2 civils tués : Mmes Rebella Diamounie  et Maria Boina.

17 heures 40 : Le lieutenant Hugot responsable de la batterie côtière du Port est blessé d'une balle de fusil Lebel en voulant aller dégager la gendarmerie du Port. La riposte de la section Hugot tue net un Portois, Maurice Odon, chef de train. Depuis le matin la ville du Port est en ébullition, un Comité de Salut Public formé par Léon de Lépervanche et Gaston Roufli, s'est emparé de la mairie et fait monter des barricades.

18 heures : En application des consignes reçues le 26 septembre, Emile Hugot décide de quitter le Port sur une micheline blindée du C.P.R., avec une quinzaine d'hommes. A la sortie sud du Port, la machine ne peut plus avancer, les rails ont été démontés. Emile Hugot, toujours blessé, se rend à Léon de Lépervanche, venu sur les lieux, tandis que ses hommes "fanent" dans la nature.

29 novembre :

7 heures : Monseigneur Cléret De Langavant, évêque de la Réunion, propose à André Capagorry une médiation auprès du gouverneur Aubert, pour l'amener à se rendre. Échec de la médiation.

23 heures : Nouvelle médiation téléphonique de Rieul Dupuis et Henri Poulet auprès du gouverneur Aubert, qui, devant la menace d'un bombardement des infrastructures économiques de l'île, envisage cette fois de se rendre.

30 novembre :

12 heures : Communiqué diffusé par Radio Saint-Denis : "Le gouverneur André Capagorry, gouverneur de la Réunion, a le plaisir d'informer la population que le gouverneur Pierre Aubert vient de renoncer à poursuivre une lutte inégale et fratricide. En conséquence, les hostilités ont cessé sur le territoire de la colonie et le sang n'y sera plus versé..."

1er décembre : Décret signé à Londres par le général de Gaulle, chargeant André Jean Capagorry des fonctions de gouverneur de la Réunion, à compter du 29 novembre.

2 décembre : Premier arrêté du gouverneur Capagorry, chargeant le capitaine de frégate Richard, commandant du "Léopard", d'assurer la défense de l'île.

Jean-Jacques Pillet, le capitaine Artignan, le Procureur Du Hamel, le Substitut Piétri et leurs épouses sont discrètement embarqués sur Le "Léopard". Ils seront transférés à Madagascar et internés dans un camp militaire en attendant de passer en jugement.

3 décembre : L'ex-gouverneur Aubert monte à bord du "Léopard" avec les honneurs militaires. Il sera débarqué à Maurice, placé en résidence de "luxe" au "Réduit", transféré ensuite à Alger, puis à Paris.

5 décembre : Le gouverneur Capagorry choisit un professeur de droit public de Saint-Denis, Eugène Thébault, comme chef de cabinet.

10 décembre : Retour du Léopard en provenance de Port-Louis, transportant divers produits alimentaires et 50 000 mètres de tissus offerts à la Réunion par le gouverneur général de Maurice.

22 décembre : Circulaire du gouverneur Capagorry demandant à tous les chefs d'administrations, chefs de services et aux maires de faire disparaître des bureaux toutes les affiches, tracts, images, photographies ou portraits des personnalités du régime de Vichy.

23 décembre : Le gouverneur Capagorry constitue une commission de 5 membres chargés d'examiner les problèmes juridiques posés par l'installation de la France libre à la Réunion.

 

 

1943

 

1er janvier : Par décret du général de Gaulle, le général Legentilhomme, haut-commissaire de la France libre dans l'océan Indien et le gouverneur Capagorry deviennent membres du Conseil de Défense de l'Empire.

11 janvier : Monsieur Roger Duplan est nommé par le gouverneur Capagorry chef du Bureau Presse, Propagande, Informations et Censure, en remplacement de Jean-Jacques Pillet. Il a sous ses ordres un jeune étudiant affecté au service Informations : Raymond Barre.

15 janvier : Arrêté du gouverneur Capagorry plaçant le pain sous régime de la carte alimentaire. Les particuliers ont le choix entre 350 g (pour les + de 10 ans) et 250 g (pour les - de 10 ans) de pain, ou riz, ou maïs, par semaine. Les cartes de rationnement resteront en vigueur jusqu'en 1950.

Janvier à mars : Les maires nommés par Vichy démissionnent les uns après les autres, remplacés par des Délégations Spéciales désignées par le gouverneur.

3 février : Arrêté du gouverneur Capagorry portant levée de l'état de siège à la Réunion.

Mars : Première session du Conseil général depuis 1939 ; le Conseil vote un impôt spécial pour combler la dette de la colonie.

19 mars : Promulgation à la Réunion du décret du général de Gaulle du 13 mars 1943 portant dissolution de la Légion française des combattants et volontaires de la Révolution nationale et de ses groupements annexes.

20 avril : Une Chambre de Révision siégeant à Saint-Denis reprend les dossiers des condamnations politiques prononcées entre le 17 juin 1940 et le 27 novembre 1942. Toutes les condamnations, mesures de mises à pied ou rétrogradations sont annulées. Les amendes vont être remboursées et les fonctionnaires réintégrés avec révision de carrière.

Octobre : Le Conseil général désigne à l'unanimité Mickaël De Villèle, représentant de la Réunion à l'Assemblée consultative d'Alger.

23 octobre : Câblogramme n° 1249C, Capagorry pour Alger : "Reconnaissant me faire parvenir urgence 1 000 insignes Croix de Lorraine / Raisons politiques locales / Dépense sera supportée par colonie / Stop / Capagorry"

19 décembre : Visite officielle à la Réunion de René Pleven, commissaire aux colonies du Gouvernement d'Alger.

 

 

1944

 

6 janvier : Constitution à Saint-Denis de l'Association Bourbonnaise de la France combattante. Présidents d'honneur : A. Capagorry et M. De Villèle, président : P. Chatel, vice-présidents : Vallon Hoarau et Raymond Vergès.

13 janvier : Décès, au cours d'une opération chirurgicale à la polyclinique de Saint-Denis, de Henri Poulet, directeur de la Banque de la Réunion.

Janvier - février : Le gouverneur Capagorry et son chef de cabinet Thébault sont convoqués à la Conférence de Brazzaville.

3 février : Télégramme de félicitations envoyé depuis Brazzaville par le général de Gaulle à l'Association Bourbonnaise de la France combattante.

Mars : Lancement au Port du journal "Le Communiste" par Léon De Lépervanche et Gaston Roufli.

10 mars : Nomination de M. Emile Rabot à la direction de la Banque de la Réunion. M. Rabot était jusque là chef de service à la Direction des Affaires Économiques et Financières du Commissariat aux colonies à Alger. Il a également travaillé à l'antenne algéroise du B.R.A.C. (Service de Renseignements) du colonel Passy.

Mai : Lancement à Saint-Denis du journal "Témoignages", organe de défense des sans-défense, par R. Vergès, Orré et Bourdageot.

1er mai : Grande manifestation, la première depuis 1939, organisée au Port par l'Union générale des Travailleurs de la Réunion.

6 juin : Débarquement des Alliés en Normandie

10 juillet : Conférence de presse du général de Gaulle à Washington dans laquelle il annonce la nécessité de faire évoluer les statuts des pays français d’outre-mer.

16 juillet : Le transport de troupes américain "Salween" débarque en rade de Saint-Paul, 60 soldats réunionnais détenus au Kenya par les Britanniques après l'opération de Madagascar. Ils sont écroués à la prison centrale de Saint-Denis jusqu'au 27 juillet, puis amenés à Madagascar, pour y être jugés. Le Tribunal Militaire de Tananarive se déclarant incompétent, ils sont relâchés et pour quelques-uns incorporés dans les F.F.L.

Août : Formation à Saint-Denis d'un syndicat des Garçons de Bureau.

Septembre : La chambre civique de la Réunion (tribunal d'exception) siégeant à Saint-Denis, juge René Payet, fondateur-directeur du journal "Servir", Gabriel Macé et Rieul Dupuis, en vertu des ordonnances sur l'indignité nationale d'août 1944. Ils sont acquittés.

En vertu des ordonnances d'août 1943 visant les élus et fonctionnaires ayant aidé le régime de Vichy, le tribunal militaire de Tananarive révoque le chef de cabinet du gouverneur Aubert J.-J. Pillet, avec maintien d'une pension. Le procureur général de l'ex-cour criminelle spéciale de Saint-Denis, Du Hamel est mis à pied pour 2 ans.

Octobre - novembre : Tournée de l' Inspecteur général Antoine, chargé de mission à la Réunion, par le Gouvernement provisoire d'Alger. A la suite de cette mission, le pouvoir d'émettre de la monnaie-papier ne sera plus renouvelé à la Banque de la Réunion, qui deviendra en 1945, une simple filiale du Crédit Lyonnais.

 

 

1945

 

Janvier : Création à Saint-Denis d'un syndicat général du commerce de la Réunion par .; P. Guézé, .; J. Chatel et Huone Hime.

28 janvier : A l'appel de Mario Hoarau, 300 agriculteurs de l'Ouest réunis à la mairie annexe du Piton Saint-Leu constituent un "Syndicat des agriculteurs de la région de Saint-Leu.

16 avril : Note confidentielle du gouverneur Capagorry au procureur général, président de la Chambre Civique, lui indiquant que la propagande pétainiste à la Réunion "évita toujours soigneusement de recommander la collaboration avec l'ennemi ou le racisme", donc "aucun des faits survenus à la Réunion entre le 16 juin 1940 et le 28 novembre 1942, ne tombe sous le coup des dispositions de l'ordonnance du 26 août 1944" régissant les actes de collaboration. "

8 mai : Capitulation allemande à Berlin. Cérémonies de la fête de la Victoire à Saint-Denis.

27 mai : Élections municipales au suffrage universel : 12 communes sur 23 sont enlevées par un Comité Républicain d'Action Démocratique et Sociale (C.R.A.D.S.), fondé par le docteur Raymond Vergès.

Juillet : La Cour de Justice de Paris relaxe l'ex-gouverneur Pierre Aubert et l'autorise à faire valoir ses droits à la retraite.

7 octobre : Élections cantonales à la Réunion. Les candidats du Comité Républicain d'Action Démocratique et Sociale emportent 22 sièges sur 36 au Conseil général.

26 décembre : Proclamation unilatérale de l'indépendance du Vietnam par Ho Chi-Minh.

21 octobre : Élections législatives pour l'Assemblée constituante provisoire. Raymond Vergès et Léon de Lépervanche sont largement élus députés de la Réunion. A Paris, le journal des débats de l'Assemblée les enregistrera comme non inscrits, apparentés communistes.

26 décembre : Disparition dans un accident d'avion en République Centre Africaine du Prince Vinh-San.

 

 

1946

 

1er janvier : Mise en circulation du Franc C.F.A. (Communauté française d'Afrique) à la Réunion. Le C.F.A. ne disparaîtra que le 1er janvier 1975.

20 janvier : Le général de Gaulle quitte le gouvernement qu'il dirigeait depuis la Libération.

Février - avril : Le gouverneur Capagorry, officiellement en congé de maladie, est remplacé par le  gouverneur intérimaire Beyriès.

14 mars : Les députés Monnerville, de Lépervanche, Vergès, Bissol, Césaire, défendent à l'Assemblée constituante de Paris un projet de départementalisation des Antilles, Guyane, Réunion, déposé par le député Raymond Vergès. Le projet est approuvé à l'unanimité, le 16 mars.

16 mars : Grande manifestation populaire au Jardin Colonial, après l'annonce de la départementalisation de l'île. Discours patriotique de  Paul Picaud, président du Conseil général.

19 mars : Félix Gouin, président du Gouvernement provisoire de la République française, signe la loi 46-451 tendant au classement comme départements français de laRéunion, de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique  La Réunion compte alors 240 000 habitants dont 36 000 à Saint-Denis.

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